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Fiche pratique

Divorce pour faute

Vérifié le 28/07/2023 - Direction de l'information légale et administrative (PremiÚre ministre)

Votre époux adopte un comportement qui ne permet plus le maintien de la vie à deux ? vous pouvez demander un divorce pour faute. La procédure se déroule devant le juge. Le divorce est prononcé s'il y a violation grave des devoirs et obligations du mariage. Nous vous présentons les informations à connaßtre.

Vous pouvez demander un divorce pour faute si vous avez des reproches graves à faire à votre époux.

Ce que vous lui reprochez consiste en une violation grave ou renouvelée des droits et obligations du mariage qui rend intolérable le maintien de la vie à deux.

Faits imputables à l'autre époux

Vous devez prouver une faute commise par votre époux.

Violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage

Les devoirs du mariage sont la fidélité, le secours, l'assistance, le respect. Les obligations sont la contribution aux charges du mariage et la cohabitation. Ils continuent à s'appliquer pendant l'instance en divorce.

Certains faits uniques suffisamment graves peuvent entraßner le divorce (ex : un acte de violence).

D'autres faits, s'ils n'arrivent qu'une fois, ne justifient pas le divorce, mais leur répétition peut avoir cette conséquence (ex : un comportement méprisant ou injurieux répété).

Maintien de la vie commune intolérable

Les faits commis ne vous permettent plus de vivre ensemble. Ils sont laissés à l'appréciation du juge.

Ils doivent avoir lieu pendant le mariage (ou pendant l'instance en divorce).

Certains faits antĂ©rieurs au mariage peuvent ĂȘtre retenus (ex : la dissimulation d'un Ă©tat mental dĂ©ficient).

Si les faits sont anciens et que vous avez vécu de nombreuses années dans ces conditions, ils ne rendent pas intolérables le maintien de la vie commune.

Le comportement d'un Ă©poux peut excuser les agissements de l'autre (ex : abandon du domicile conjugal excusĂ© quand l'Ă©pouse craint pour elle-mĂȘme ou ses enfants les violences commises par son mari).

Vous pouvez reprocher une ou plusieurs fautes à votre époux. Le juge apprécie librement s'il les retient toutes.

AdultĂšre

Le devoir de fidélité est une des obligations du mariage. L'époux qui ne le respecte pas commet un adultÚre.

L'adultĂšre est une des causes la plus souvent soulevĂ©e devant le juge. Le juge apprĂ©cie si elle doit entrainer le divorce et s'il doit ĂȘtre prononcĂ© aux torts exclusifs de l'Ă©poux fautif (une liaison cachĂ©e, l'installation en concubinage au vu et au su de tous...).

Dans l'hypothĂšse oĂč chacun a refait sa vie avec une autre personne, le juge peut prononcer un divorce aux torts partagĂ©s ou dĂ©bouter les Ă©poux de leur demande.

Un adultÚre commis par chaque époux n'est pas fautif si les époux ont toujours mutuellement entendu vivre librement des liaisons extraconjugales.

L'Ă©poux victime peut demander au juge de l'autoriser par requĂȘte Ă  faire dresser un constat d'adultĂšre par un commissaire de justice (ex-huissier de justice).

  À savoir

MĂȘme si les tĂ©moignages produits n'Ă©tablissent pas l'adultĂšre de votre Ă©poux, les faits peuvent ĂȘtre retenus par le juge comme fautifs s'ils dĂ©montrent l'attitude injurieuse de votre Ă©poux Ă  votre Ă©gard.

Abandon du domicile conjugal

Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie. La résidence de la famille est choisie d'un commun accord. L'obligation de cohabitation est essentielle au mariage.

Pour des raisons professionnelles, les époux peuvent voir des résidences distinctes.

L'Ă©poux qui quitte le domicile conjugal sans y ĂȘtre autorisĂ© par le juge ou par son Ă©poux commet une faute susceptible d'entrainer le divorce.

Non-participation aux charges du mariage

Le fait pour un époux de ne pas contribuer financiÚrement et à hauteur de ses possibilités aux dépenses courantes du ménage peut constituer une faute entraßnant le divorce à ses torts exclusifs.

  À savoir

lorsqu'un époux ne contribue pas aux charges du mariage, vous pouvez l'y contraindre en saisissant le juge aux affaires familiales. Le juge détermine le montant dû par l'époux défaillant.

Défaut de secours et d'assistance

Le refus d'apporter des soins à son époux ou le fait de rester indifférent face à sa maladie ou à son hospitalisation peut entrainer le prononcé du divorce pour faute.

Comportements déloyaux, violents ou injurieux

Le comportement d'un Ă©poux peut ĂȘtre qualifiĂ© de fautif en cas de :

  • DĂ©loyauté : le fait pour l'Ă©pouse d'entamer une grossesse Ă  l'insu de son mari ou le fait pour un Ă©poux de tromper sa confiance en retirant, Ă  son insu, un chĂ©quier 
  • Violence : des coups ou des paroles humiliantes 
  • Injure : un comportement autoritaire et mĂ©prisant ou le refus de toute relation sexuelle depuis la naissance d'un enfant

En matiÚre de divorce, la preuve se rapporte par tout moyen :

  • Aveu
  • Lettres Ă©changĂ©es entre son Ă©poux et un tiers
  • Constats dressĂ©s par un commissaire de justice (ex-huissier de justice)
  • Attestations Ă©crites
  • TĂ©moins entendus dans le cadre d'une enquĂȘte ordonnĂ©e par le juge aux affaires familiales

Le juge peut écarter des débats un élément de preuve dont un époux veut faire usage s'il a été obtenu par violence ou fraude.

Correspondances

Du moment qu'ils n'ont pas été obtenus par fraude ou violence, un époux peut apporter devant le juge des échanges de correspondances. Par exemple : sms reçus sur le téléphone portable professionnel, courriels, lettres, journal intime, carnet de bord, etc.

Enregistrements téléphoniques

Les enregistrements téléphoniques sont des preuves recevables devant le juge.

Cependant, le fait d'enregistrer secrÚtement une conversation dans un lieu privé ou public, à titre privé ou confidentiel, sans le consentement de la personne constitue une atteinte à la vie privée. Une telle preuve serait jugée irrecevable car obtenue par fraude.

Vous pouvez vous adresser au juge en lui demandant, sur requĂȘte, d'autoriser un commissaire de justice (ex-huissier de justice) Ă  procĂ©der Ă  l'enregistrement.

Constat d'adultĂšre

L'adultÚre se prouve par :

  • Des Ă©crits : lettres Ă©crites ou reçues par l'Ă©poux coupable d'adultĂšre, emails, sms, photographies prises en dehors d'un lieu privĂ© Ă  l'insu des intĂ©ressĂ©s, factures d'hĂŽtel et/ou de voyages, etc.
  • Des tĂ©moignages : attestations Ă©crites rĂ©digĂ©es par les membres de la famille ou par des tiers qui ont pu constater l'adultĂšre ou recevoir des confidences de l'Ă©poux coupable d'adultĂšre
  • Une enquĂȘte privĂ©e : rapport d'un dĂ©tective privĂ© rĂ©munĂ©rĂ© par l'Ă©poux victime
  • Un constat d'un commissaire de justice (ex-huissier de justice)

Pour Ă©tablir l'adultĂšre, l'avocat du demandeur peut prĂ©senter une requĂȘte au prĂ©sident du Tribunal judiciaire. Le juge dĂ©signe alors un commissaire de justice avec pour mission d'Ă©tablir le constat avec l'assistance d'un commissaire de police.

Le constat doit le plus souvent ĂȘtre Ă©tabli chez un tiers. Le constat qui serait dressĂ© Ă  la demande des Ă©poux sans autorisation judiciaire risque d'ĂȘtre Ă©cartĂ© des dĂ©bats s'il y a violation de domicile ou atteinte Ă  l'intimitĂ© de la vie privĂ©e.

L'autorisation judiciaire n'est en revanche pas nécessaire quand l'adultÚre a lieu au domicile des époux.

 Attention :

Le constat du commissaire de justice (ex-huissier de justice) n'a valeur que de simple renseignement en matiÚre civile (au pénal, il vaut jusqu'à preuve contraire).

Témoignages et attestations

Les enfants ou petits-enfants ne peuvent jamais témoigner pour ou contre leurs parents.

L'interdiction est générale et absolue et vise les enfants du couple, les époux ou concubins des enfants et les petits-enfants. Elle concerne tous les enfants des époux, qu'ils soient communs ou non.

Les gendres ou belles-filles ne peuvent pas non plus témoigner.

En dehors de ces cas, les témoignages de la famille proche sont admis.

Pour pouvoir ĂȘtre utilisĂ©e en justice, l'attestation doit contenir les Ă©lĂ©ments suivants :

  • Description des faits auxquels son auteur a assistĂ© ou qu'il a personnellement constatĂ©e 
  • Noms, prĂ©noms, date et lieu de naissance, domicile et profession de celui qui l'Ă©tablit et, s'il y a lieu, son lien de parentĂ© ou de subordination avec les Ă©poux
  • PrĂ©cision que l'attestation est Ă©tablie en vue de sa production en justice 
  • Mention que l'attestant a connaissance qu'une fausse attestation de sa part l'expose Ă  des sanctions pĂ©nales

L'attestation est écrite, datée et signée de la main de son auteur qui doit lui annexer, en original ou copie, une piÚce d'identité.

Certificats médicaux

En cas de violences commises par l'époux sur sa famille, la preuve des blessures s'effectue par certificat médical.

Prenez rendez-vous avec votre médecin le plus tÎt possible (ou au service des urgences de l'hÎpital le plus proche) en lui demandant d'attester ce qu'il a pu constater dans le cadre de sa consultation.

Mains courantes

Ce sont des déclarations effectuées au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie, enregistrées sous un numéro dans un registre de police.

Elles n'ont aucune valeur juridique mais peuvent ĂȘtre invoquĂ©es Ă  l'occasion de la procĂ©dure de divorce devant le juge comme commencement de preuve.

Une main courante peut, par exemple, éclairer le juge sur le départ du domicile conjugal d'un des époux.

Vous devez demander le divorce pour faute aprĂšs avoir saisi le juge.

Vous ne devez pas évoquez ce motif dÚs le début de procédure dans l'assignation en divorce.

La demande doit ĂȘtre prĂ©sentĂ©e dans vos conclusions.

  À savoir

le divorce peut ĂȘtre demandĂ© aux torts exclusifs d'un Ă©poux ou bien aux torts partagĂ©s des Ă©poux.

Procédure

Chacun des époux doit prendre un avocat.

La procĂ©dure de divorce se dĂ©roule devant le juge aux aux affaires familiales qui doit ĂȘtre saisi par assignation.

En cours de procédure, si vous trouvez un accord avec votre époux, et si vous le souhaitez, vous pouvez demander à changer de type de divorce (on parle de « passerelle »).

Vous pouvez passer à un des divorces suivants :

  À savoir

si une demande de divorce pour faute et une autre demande pour altĂ©ration dĂ©finitive du lien conjugal sont prĂ©sentĂ©es en mĂȘme temps, le juge examine d'abord la demande pour faute. En cas de rejet de la demande de divorce pour faute, le juge statue, ensuite, sur la demande en divorce pour altĂ©ration dĂ©finitive du lien conjugal.

Prononcé du divorce

Le juge prononce le divorce aux torts exclusifs d'un époux s'il est établi qu'un seul époux a commis une faute.

Si des fautes sont retenus contre chacun des deux époux, le divorce est prononcé aux torts partagés.

  À savoir

À la demande des Ă©poux, le juge peut prononcer le divorce pour faute sans indiquer les fautes retenues.

Coût du divorce

Le coût varie en fonction des honoraires de votre avocat.

Si vos ressources sont insuffisantes pour engager les frais du divorce, vous pouvez bénéficier de l'aide juridictionnelle.

Les frais de la procĂ©dure (dĂ©pens, frais d'avocat) peuvent ĂȘtre mis Ă  la charge de l'Ă©poux fautif.

Lorsque le juge prononce le divorce pour faute aux torts exclusifs d'un Ă©poux, cela entraine des consĂ©quences sur la prestation compensatoire et l'attribution de dommages et intĂ©rĂȘts.

Suppression de la prestation compensatoire

Le juge peut refuser d'accorder la prestation compensatoire demandĂ©e par un Ă©poux mĂȘme si la rupture du mariage crĂ©e des disparitĂ©s dans les conditions de vie respectives.

Le divorce pour faute doit ĂȘtre prononcĂ© aux torts exclusifs d'un Ă©poux. Les circonstances sont apprĂ©ciĂ©es au cas par cas par le juge.

Dommages et intĂ©rĂȘts

L'Ă©poux qui subit le divorce peut demander Ă  l'Ă©poux fautif une indemnisation. Il existe deux types de dommages et intĂ©rĂȘts pouvant compenser le prĂ©judice qu'il subi.

  • L'Ă©poux qui n'est pas fautif peut rĂ©clamer devant le juge des dommages et intĂ©rĂȘts. Ils sont dus en rĂ©paration des consĂ©quences d'une particuliĂšre gravitĂ© du fait de la dissolution du mariage et lorsque le divorce est prononcĂ© aux torts exclusifs.

    Pour obtenir réparation, l'époux doit démontrer l'existence d'une faute, un préjudice spécifique lié à la rupture et un lien de causalité entre les deux.

    La demande doit ĂȘtre formĂ©e Ă  l'occasion de l'action en divorce.

    Ce préjudice est différent des fautes, causes du divorce. Il résulte de la seule dissolution du mariage et non d'autres circonstances.

    L'indemnisation est accordée sous la forme du versement d'une somme d'argent.

  • L'Ă©poux qui n'a pas commis de faute peut Ă©galement demander des dommages et intĂ©rĂȘts sur le fondement de la responsabilitĂ© civile.

    Il doit prouver une faute différente de la rupture du mariage, un préjudice et un lien de causalité entre la faute et le préjudice.